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LE MISTRAL

 
 

Introduction

Sans conteste le Mistral est l’un des vents les plus connus qui souffle en France. Le Mistral marque profondément le climat provençal et les activités humaines : il fait partie en quelque sorte de la culture provençale tant il a façonné l’habitat, le paysage, l’agriculture et contribué à la lumière de la Provence si recherchée. De tout temps il fut à la fois redouté et à la fois encensé. Le Mistral a bel et bien une nature contrastée, tantôt bienfaisant, tantôt destructrice.

Bienfaisant, le Mistral est apprécié pour les belles éclaircies auxquelles il est souvent accompagné, contribuant ainsi à la remarquable insolation des régions sur lesquelles il souffle. Il participe en outre à l’assainissement des villes en dispersant les polluants, il épure et dissipe les germes des maladies. Le Mistral a des bienfaits sur l’agriculture par l’ensoleillement qu’il augmente et par sa turbulence qui diminue le risque de gelées printanières (souvent fatales).

Mais aussi la violence du Mistral occasionne chaque année des dégâts sur les cultures et augmente le pouvoir évaporant de l’air, asséchant ainsi cultures et forêts  méditerranéennes (maquis, garrigues) augmentant les risques d’incendies. En outre, le Mistral favorise la propagation des feux de forêts (sécheresse et vent sont prépondérants dans l’extension des feux de forêts). Le Mistral est aussi à l’origine de perturbations sur les aéroports et sur la LGV Méditerranée. Le Mistral est également responsable de grandes tempêtes en Méditerranée, et est redouté des marins, des pêcheurs et des plaisanciers. Enfin, le Mistral est un vent froid qui peut être ressenti comme vraiment glacial lorsqu’il souffle fort en hiver.

Depuis longtemps, il a fait l’objet d’une nombreuse littérature, de dictons, de proverbes ; il s’est invité dans le monde de la poésie et a empreint les légendes. Toujours est-il qu’il a été observé et les provençaux lui donnèrent bon nombre de noms différents selon sa direction et sa force :

- Le Manjo Fango (le mangeur de boue) souffle du WNW et assèche la Camargue.
- Le Vent-terrau (le vent de terre) et le Mistrau (le Magistral) de NW
- La Biso ou la Trémountano mistralo de NNW
- La Trémountano de N
- La Trémountano greco ou le Montagnero de NNE

Ces différentes appellations (pour ne citer que les principales), différentes d’une région à l’autre, sont celles utilisées en Provence occidentale.

Définition

Le Mistral est un vent bien établi lié à des situations météorologiques précises. Le Mistral se définit comme l’ensemble des vents dont la direction est comprise sur la rose des vents entre 280° et 020° (vents de W, WNW, NW, NNW, N, NNE, c'est-à-dire approximativement le cadran nord-ouest) et dont la force est supérieure à 20 km/h soufflant sur une période d’au moins 12 heures.

Contexte synoptique du Mistral

L’occurrence de Mistral est observée à chaque fois qu’une dépression se creuse dans le Golfe de Gènes ou la plaine du Pô et qu’un anticyclone se trouve dans le proche Atlantique ou le nord de l’Europe. Cette dépression draine des flux à forte composante nord qui s’engouffrent dans la vallée du Rhône et s’accélèrent. La position et l’intensité de la dépression déterminent la zone d’extension géographique et la force du Mistral.

Extension du Mistral

Par flux de nord de grande échelle, des vents de nord soufflent dans l’axe Saône-Rhône. Mais tous ces vents n’ont pas les mêmes caractéristiques. Le Mistral possède ses propres caractéristiques : c’est un vent turbulent, asséché par effet de Foehn qui souffle plusieurs dizaines de jours par an. Où commence alors le Mistral ? Quelque part au sud de Lyon, où les flux d’air deviennent turbulents aux passages des différents défilés (Condrieu, St-Vallier, Tain-Tournon).

Défilé de Tain-Tournon

Robinet de Donzère

C’est au niveau du défilé de Tain-Tournon que le vent de Nord commence à acquérir les caractéristiques du Mistral. Au niveau de ce défilé, le flux de nord est accéléré et le vent de Nord devient turbulent et plus sec. La plaine de Valence en aval porte déjà l’empreinte du Mistral : Les cultures sont protégées par des haies de cyprès ou de peupliers, l’insolation s’accroît, l’atmosphère est plus sèche. De nouveaux rétrécissements au sud de Valence accélère davantage le Mistral et l’assèche de plus en plus, à Montélimar il peut être très virulent. Au niveau du défilé de Donzère (ou Robinet de Donzère), son accélération est fulgurante, les régions de Bollène, Orange, Avignon ou même le Gard Rhodanien connaissent les rafales de Mistral les plus fortes. Le Mistral débouche ensuite sur l’est du Languedoc (avec une direction nord-est) et sur la Provence, en particulier en Camargue. En s’enroulant autour de la dépression du Golfe de Gènes, le Mistral, de direction nord en vallée du Rhône, s’oriente nord-ouest vers Marseille et ouest ou ouest-nord-ouest à Toulon, Hyères et Saint Raphaël. Il se prolonge ensuite  parfois en une direction de sud-ouest dans le pays niçois ou vers la Corse (Libbeciu).

Le Mistral peut être ressenti jusqu’aux Baléares et parfois même jusqu’en Sardaigne.

Dans la région de Montpellier, le Mistral est généralement plus faible et est concurrencé par la tramontane qui peut être ressenti jusqu’à l’ouest de la Camargue (Petite Camargue). De Sète à la frontière espagnole, c’est le domaine exclusivement de la Tramontane.
Sur la Côte d’Azur (à l’est de Saint-Raphaël), le Mistral avec une composante nord marquée est rare. La Côte d’Azur subit plutôt le prolongement du Mistral qui s’oriente ouest/sud-ouest, mais dont les caractéristiques deviennent différentes. La côte d’Azur n’est pas décrite par la suite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LES DIFFERENTS MISTRAL DU SUD-EST

 
 

Le Mistral Blanc

Le Mistral blanc fait suite aux passages de perturbations sur les régions méditerranéennes : après le passage du front froid, le Mistral se déclenche et assèche le flux de nord postérieur au front. C’est donc le Mistral qui dégage le ciel, le mango fango des provençaux. Le Mistral blanc se rencontre le plus souvent au printemps (mars-avril). Ce type de Mistral est celui qui peut souffler en tempête (par exemple l’épisode du 10 mars 2007).

Le Mistral  Rhodanien

Le Mistral rhodanien est le mistral typique des jours d’hiver. Il résulte du flux de nord-est froid et sec d’origine continentale  (généré par l’anticyclone thermique centré à cette époque sur le continent européen) qui s’engouffre dans la vallée du Rhône. Le mistral rhodanien ne concerne que la vallée du Rhône et le delta.

Le Mistral Noir

Ce type de Mistral est singulier dans la mesure où il est accompagné de nuages et parfois d’averses. Il est rencontré lorsque de l’air arrivant du nord est humide et très instable (associé à une goutte froide d’altitude et à du cyclonisme), que l’effet de Foehn ne parvient pas stabiliser et assécher. On le rencontre aussi dans les situations de retour d’est, où les nuages venant de l’est envahissent les régions où soufflent le Mistral. Ce Mistral se rencontre généralement en fin d’hiver et début de printemps.

Le Mistral Thermique

Le mistral thermique est par excellence le mistral d’été et tout particulièrement en juin et juillet. Il résulte du contraste thermique entre la mer encore relativement froide sur la côte (Var) et l’intérieur des terres où les températures sont souvent très chaudes et où se creuse une dépression thermique. Cette dépression est à l’origine d’un flux de nord sur sa face occidentale et donc d’un mistral dit thermique. Les épisodes de Mistral thermique sont fréquents mais de courte durée. Ce mistral est redouté car il répand et favorise les incendies de forêts. Il est le plus fréquent en début d’été.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CLIMATOLOGIE DU MISTRAL

 
 

Le Mistral au fil des saisons

Le Mistral présente des caractéristiques différentes selon les saisons. Certaines périodes de l’année sont en effet plus favorables au Mistral dont les caractéristiques en direction et en force (qui dépendent de la situation synoptique et du lieu géographique) diffèrent en moyenne d’une saison à l’autre. C’est ce que nous allons examiner maintenant.

En hiver

Commençons par l’hiver (de novembre - décembre à février) : A cette période de l’année, un anticyclone thermique s’établit généralement sur le continent européen. Cet anticyclone dirige sur la France un flux de Nord-Est, froid et sec. Ce flux continental de Nord-Est s’engouffre dans la vallée du Rhône, accéléré par la dépression sous le vent des Alpes qui se creuse. Ce type de Mistral appelé Mistral Rhodanien, affecte essentiellement les régions de la Vallée du Rhône, de Valence au Delta, ainsi que la région de Nîmes à l’ouest et s’étend vers Marseille.

  • Direction Nord en vallée du Rhône (de Valence au Delta)
  • Direction Nord à Nord-est vers Nîmes et l’ouest de la Camargue (Aigues-Mortes)
  • Direction Nord-ouest vers Marseille

C’est un Mistral particulièrement froid qui est à l’origine d’un bon ensoleillement.

En hiver, les régimes de retour d’est, à l’origine des chutes de neige, sont favorables au Mistral (mistral noir).

Au printemps (mars et avril)

Les régimes de nord-ouest sont fréquents et les flux assez rapides. C’est la période des grandes expulsions d’air froid en provenance des régions polaires. Les coups de Mistral associés sont particulièrement vifs. On peut assister à de véritables tempêtes de Mistral. C’est le cas des épisodes de Mistral qui s’établissent à l’arrière des fronts froids de perturbations (assez méridionales) qui traversent les régions méditerranéennes. Souvent associé à une poussée anticyclonique (dorsale), le Mistral « nettoie le ciel » (effet de Foehn) et le soleil est rapidement de retour après le mauvais temps associé à la perturbation. Aussi à cette saison, des gouttes froides en altitude peuvent aussi affecter les régions méditerranéennes, et être à l’origine d’instabilité (et un effet de  foehn nettement moins efficace). Le Mistral souffle dans un ciel qui reste bien nuageux : le Mistral Noir. On assiste aussi parfois au déplacement d’une dépression dynamique (et de la perturbation associée) de l’Atlantique au Golfe de Gènes en traversant nos régions. Ce type de situation est à l’origine des épisodes de Mistral les plus violents (comme l’épisode du 10 Mars 2007).

Au printemps, le Mistral est donc généralement plus fort et plus fréquent. Il affecte toutes les régions de la zone Mistral (on parle de mistral généralisé). Les directions privilégiées est le cadran nord-ouest avec cependant une composante plus nord au nord de Avignon.

En été

Après un mois de mai avec statistiquement peu de Mistral, les mois d’été (juin, juillet, août) connaissent une recrudescence du Mistral. A noter que ce Mistral est généralement fréquent, mais faible, loin de tout dynamisme synoptique. L’origine de ce Mistral est en fait thermique (Mistral thermique). Les contrastes de températures entre les terres surchauffées et la Méditerranée encore froide (du moins en juin et juillet) en sont la cause. La dépression thermique qui se creuse les après midi sur le centre du Var ou les Alpes-de-Haute-Provence vient accélérer le flux de grande échelle de composante nord, généré par l’anticyclone des Açores. Ce Mistral n’est jamais très fort et généralement peu durable. Sa direction est généralement du nord-ouest à ouest sur le littoral provençal de la Camargue au Var, mais il doit aussi composer avec la brise. Il affecte peu les régions les plus septentrionales comme la moyenne vallée du Rhône.

Ce Mistral est le cauchemar des plaisanciers nombreux à cette saison et est à l’origine de la propagation des incendies de forêts.

En automne

Les mois de septembre et d’octobre sont favorables aux remontées méditerranéennes liés aux flux de sud et sud-ouest plus fréquents à cette période. Cette période de l’année n’est pas favorable aux épisodes de Mistral. C’est d’ailleurs au cours des mois de septembre et d’octobre qu’il est le moins fréquent.

Durée des épisodes de Mistral

La durée des épisodes de Mistral dépasse rarement la semaine (7 jours). Des études statistiques montrent que les cas d’épisodes de Mistral diminuent rapidement avec l’augmentation de leur durée au delà de 2 jours. Le proverbe provençal affirmant que le Mistral souffle 3 jours, 6 jours ou 9 jours est donc mis en défaut statistiquement.
Les épisodes de Mistral de longue durée correspondent à ceux des mois de mars et avril, c'est-à-dire aux épisodes de Mistral les plus forts. Bien que fréquents, les épisodes du mois de juillet sont généralement de courte durée.

Variation journalière du Mistral

Là encore à l’échelle de la journée, le Mistral connaît des variations. Il souffle généralement moins fort la nuit que le jour. L’origine de cette variation diurne découle de la structure thermique de la couche limite atmosphérique. Au cours de la journée, le réchauffement de la surface terrestre tend à augmenter l’instabilité des basses couches et ainsi contribuer aux turbulences. Les rafales de Mistral sont alors plus fortes. Au contraire la nuit, le refroidissement rapide de la surface terrestre tend à stabiliser les basses couches et annihiler les turbulences et donc les rafales. Le Mistral est donc généralement moins fort la nuit. Parfois, en cas de forte stabilité au cours de la nuit, le vent devient même nul au voisinage de la surface. Mais cela ne signifie pas pour autant que le Mistral ne souffle plus. Il est toujours présent en altitude et qu’il reprendra à proximité de la surface le lendemain matin (quand le sol se réchauffera et que la stabilité diminuera).
Statistiquement, on peut remarquer encore que les débuts de Mistral sont plus fréquents en début de journée et que les fins d’épisodes de Mistral interviennent plutôt en fin de journée. Lorsque la situation synoptique évolue favorablement vers un établissement de Mistral, la structure thermique de la couche limite en début de journée est propice à son établissement. De même, une couche limite devenant stable en fin de journée est propice à précipiter la fin d’un épisode de Mistral lié à une situation synoptique de moins en moins favorable.

Mistral et température de la mer

Le Mistral est presque toujours accompagné d’un refroidissement des eaux de surface de la mer. Le Mistral repousse en fait les eaux de surface relativement chaudes (chauffée par le Soleil durant les jours qui précèdent) vers le large ; celles-ci sont remplacées par des eaux froides issues des profondeurs qui remontent le long des côtes : ce phénomène est appelé upwelling. Ce phénomène peut être remarquable au début de l’été avec une chute de 5 à 10°C en quelques heures.

Mistral et Brises

Les différences de chauffage entre la surface terrestre et la mer (un sol s’échauffe plus vite que la mer) sont à l’origine des circulations de brises. Ces brises caractéristiques des régions côtières se combinent au Mistral. Lorsque le Mistral est fort leur influence reste limitée, mais lorsque celui-ci ne souffle pas trop fort comme c’est souvent le cas en été, les brises influent sur sa force et sa direction. Les mécanismes d’interaction sont parfois complexes et sont différents d’une localité en une autre. Dans la région de Marseille par exemple, la brise a tendance à donner au Mistral une direction plus ouest et à l’accélérer en fin de journée. Au Grau-du-Roi, la situation est différente, la brise a tendance à s’opposer au Mistral, parfois même prend le dessus (en fait le Mistral est rejeté en altitude, mais au sol il n’est plus ressenti). Il n’est pas le but ici d’énoncer tous les cas, chaque localité ayant ses spécificités, mais toujours est-il que la brise « impose parfois sa loi » au Mistral !

Bibliographie

V.Jacq, P.Albert, R.Delorme – Le Mistral, quelques aspects des connaissances actuelles. http://www.smf.asso.fr/Ressources/Jacq50.pdf

J.Rigo, I.Moureau – Vents de Méditerranée. Editions Glénat.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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