Le Mistral au fil des saisons
Le Mistral présente des caractéristiques différentes selon les saisons. Certaines périodes de l’année sont en effet plus favorables au Mistral dont les caractéristiques en direction et en force (qui dépendent de la situation synoptique et du lieu géographique) diffèrent en moyenne d’une saison à l’autre. C’est ce que nous allons examiner maintenant.
En hiver
Commençons par l’hiver (de novembre - décembre à février) : A cette période de l’année, un anticyclone thermique s’établit généralement sur le continent européen. Cet anticyclone dirige sur la France un flux de Nord-Est, froid et sec. Ce flux continental de Nord-Est s’engouffre dans la vallée du Rhône, accéléré par la dépression sous le vent des Alpes qui se creuse. Ce type de Mistral appelé Mistral Rhodanien, affecte essentiellement les régions de la Vallée du Rhône, de Valence au Delta, ainsi que la région de Nîmes à l’ouest et s’étend vers Marseille.
- Direction Nord en vallée du Rhône (de Valence au Delta)
- Direction Nord à Nord-est vers Nîmes et l’ouest de la Camargue (Aigues-Mortes)
- Direction Nord-ouest vers Marseille
C’est un Mistral particulièrement froid qui est à l’origine d’un bon ensoleillement.
En hiver, les régimes de retour d’est, à l’origine des chutes de neige, sont favorables au Mistral (mistral noir).
Au printemps (mars et avril)
Les régimes de nord-ouest sont fréquents et les flux assez rapides. C’est la période des grandes expulsions d’air froid en provenance des régions polaires. Les coups de Mistral associés sont particulièrement vifs. On peut assister à de véritables tempêtes de Mistral. C’est le cas des épisodes de Mistral qui s’établissent à l’arrière des fronts froids de perturbations (assez méridionales) qui traversent les régions méditerranéennes. Souvent associé à une poussée anticyclonique (dorsale), le Mistral « nettoie le ciel » (effet de Foehn) et le soleil est rapidement de retour après le mauvais temps associé à la perturbation. Aussi à cette saison, des gouttes froides en altitude peuvent aussi affecter les régions méditerranéennes, et être à l’origine d’instabilité (et un effet de foehn nettement moins efficace). Le Mistral souffle dans un ciel qui reste bien nuageux : le Mistral Noir. On assiste aussi parfois au déplacement d’une dépression dynamique (et de la perturbation associée) de l’Atlantique au Golfe de Gènes en traversant nos régions. Ce type de situation est à l’origine des épisodes de Mistral les plus violents (comme l’épisode du 10 Mars 2007).
Au printemps, le Mistral est donc généralement plus fort et plus fréquent. Il affecte toutes les régions de la zone Mistral (on parle de mistral généralisé). Les directions privilégiées est le cadran nord-ouest avec cependant une composante plus nord au nord de Avignon.
En été
Après un mois de mai avec statistiquement peu de Mistral, les mois d’été (juin, juillet, août) connaissent une recrudescence du Mistral. A noter que ce Mistral est généralement fréquent, mais faible, loin de tout dynamisme synoptique. L’origine de ce Mistral est en fait thermique (Mistral thermique). Les contrastes de températures entre les terres surchauffées et la Méditerranée encore froide (du moins en juin et juillet) en sont la cause. La dépression thermique qui se creuse les après midi sur le centre du Var ou les Alpes-de-Haute-Provence vient accélérer le flux de grande échelle de composante nord, généré par l’anticyclone des Açores. Ce Mistral n’est jamais très fort et généralement peu durable. Sa direction est généralement du nord-ouest à ouest sur le littoral provençal de la Camargue au Var, mais il doit aussi composer avec la brise. Il affecte peu les régions les plus septentrionales comme la moyenne vallée du Rhône.
Ce Mistral est le cauchemar des plaisanciers nombreux à cette saison et est à l’origine de la propagation des incendies de forêts.
En automne
 Les mois de septembre et d’octobre sont favorables aux remontées méditerranéennes liés aux flux de sud et sud-ouest plus fréquents à cette période. Cette période de l’année n’est pas favorable aux épisodes de Mistral. C’est d’ailleurs au cours des mois de septembre et d’octobre qu’il est le moins fréquent.
Durée des épisodes de Mistral
La durée des épisodes de Mistral dépasse rarement la semaine (7 jours). Des études statistiques montrent que les cas d’épisodes de Mistral diminuent rapidement avec l’augmentation de leur durée au delà de 2 jours. Le proverbe provençal affirmant que le Mistral souffle 3 jours, 6 jours ou 9 jours est donc mis en défaut statistiquement.
Les épisodes de Mistral de longue durée correspondent à ceux des mois de mars et avril, c'est-à-dire aux épisodes de Mistral les plus forts. Bien que fréquents, les épisodes du mois de juillet sont généralement de courte durée.
Variation journalière du Mistral
Là encore à l’échelle de la journée, le Mistral connaît des variations. Il souffle généralement moins fort la nuit que le jour. L’origine de cette variation diurne découle de la structure thermique de la couche limite atmosphérique. Au cours de la journée, le réchauffement de la surface terrestre tend à augmenter l’instabilité des basses couches et ainsi contribuer aux turbulences. Les rafales de Mistral sont alors plus fortes. Au contraire la nuit, le refroidissement rapide de la surface terrestre tend à stabiliser les basses couches et annihiler les turbulences et donc les rafales. Le Mistral est donc généralement moins fort la nuit. Parfois, en cas de forte stabilité au cours de la nuit, le vent devient même nul au voisinage de la surface. Mais cela ne signifie pas pour autant que le Mistral ne souffle plus. Il est toujours présent en altitude et qu’il reprendra à proximité de la surface le lendemain matin (quand le sol se réchauffera et que la stabilité diminuera).
Statistiquement, on peut remarquer encore que les débuts de Mistral sont plus fréquents en début de journée et que les fins d’épisodes de Mistral interviennent plutôt en fin de journée. Lorsque la situation synoptique évolue favorablement vers un établissement de Mistral, la structure thermique de la couche limite en début de journée est propice à son établissement. De même, une couche limite devenant stable en fin de journée est propice à précipiter la fin d’un épisode de Mistral lié à une situation synoptique de moins en moins favorable.
Mistral et température de la mer
Le Mistral est presque toujours accompagné d’un refroidissement des eaux de surface de la mer. Le Mistral repousse en fait les eaux de surface relativement chaudes (chauffée par le Soleil durant les jours qui précèdent) vers le large ; celles-ci sont remplacées par des eaux froides issues des profondeurs qui remontent le long des côtes : ce phénomène est appelé upwelling. Ce phénomène peut être remarquable au début de l’été avec une chute de 5 à 10°C en quelques heures.
Mistral et Brises
Les différences de chauffage entre la surface terrestre et la mer (un sol s’échauffe plus vite que la mer) sont à l’origine des circulations de brises. Ces brises caractéristiques des régions côtières se combinent au Mistral. Lorsque le Mistral est fort leur influence reste limitée, mais lorsque celui-ci ne souffle pas trop fort comme c’est souvent le cas en été, les brises influent sur sa force et sa direction. Les mécanismes d’interaction sont parfois complexes et sont différents d’une localité en une autre. Dans la région de Marseille par exemple, la brise a tendance à donner au Mistral une direction plus ouest et à l’accélérer en fin de journée. Au Grau-du-Roi, la situation est différente, la brise a tendance à s’opposer au Mistral, parfois même prend le dessus (en fait le Mistral est rejeté en altitude, mais au sol il n’est plus ressenti). Il n’est pas le but ici d’énoncer tous les cas, chaque localité ayant ses spécificités, mais toujours est-il que la brise « impose parfois sa loi » au Mistral !
Bibliographie
V.Jacq, P.Albert, R.Delorme – Le Mistral, quelques aspects des connaissances actuelles. http://www.smf.asso.fr/Ressources/Jacq50.pdf
J.Rigo, I.Moureau – Vents de Méditerranée. Editions Glénat.
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